MARVEL 14 - Les super-héros contre la censure
Le Comic Book en France
Comme n'importe quel petit français qui n'a accès qu'à un marchand de journaux pour lire de la bande dessinée, j'ai ouvert les yeux sur le monde des Comic Books via le magazine Strange. Les numéros qu'on attend impatiemment tous les mois, les anciens qu'on essaie de récupérer au fil du temps... l'amateur de Comics que je suis aujourd'hui encore s'est construit à ce moment là. Je n'imaginais pas, à l'époque, à quel point il fut compliqué d'en arriver à la période que j'ai connue. Et tout ça à cause du gouvernement français.
On a du mal aujourd'hui, quand il nous arrive de pester (à juste titre) face à d'éventuelles censures de programmes, à se rendre compte d'où on est parti. La bande dessinée fut, dans les années 60 et 70, complètement étouffée par les ligues bien pensantes qui, imaginant agir pour le bien de la jeunesse, fit exactement le contraire. Le documentaire « Marvel 14 », diffusé aujourd'hui à la Comic Con' révèle un pan pas très glorieux des rapports entre le gouvernement et un mode d'expression artistique. Magazines supprimés, censures violentes, pressions constantes envers les maisons d'éditions, du coup forcées d'employer la technique atroce de l'auto-censure, ce documentaire, réalisé par Philippe Roure & Jean Depelley, raconte l'histoire du numéro 14 du magazine Marvel qui est aujourd'hui le Saint Graal des collectionneurs, vu que son existence tient quasiment de la légende.
Une censure incroyable
Via ce fil conducteur, les réalisateurs s'attaquent au coeur de leur récit: la censure dans les comic book. Et ce qu'on voit n'est pas juste amusant ou cocasse (Zorro qui ne doit pas porter de masque parce que ça l'associe à une forme de banditisme, pareil pour Flash, qui se retrouve affublé d'un visage en surimpression qui ne colle absolument pas avec le dessin d'origine), c'est tout simplement révoltant. Des demi-pages entières effacées, des personnages supprimés, ou bien « lissés » pour qu'ils soient moins effrayants, des actions de violences effacées, qui voient des épées et des couteaux disparaître des coups portés, des bras sectionnés qui réapparaissent comme par magie... un saccage en règle, auxquels s'adonnaient des artistes, forcés par une maison d'édition devenue (et c'est compréhensible) terrifiée et parano.
Après une telle chasse aux sorcières, on ne peut s'étonner du retard de la fiction française au sens large sur les thèmes de la science fiction et du fantastique. En sabordant les importation, le gouvernement français a certainement bridé les auteurs de notre pays qui n'ont pu s'exprimer comme ils le pouvaient. S'il existe fort heureusement une mouvance dans la bande dessinée traditionnelle, le comic book est un train de plus dans lequel la France a refusé de sauter, un récit populaire auquel elle a tourné le dos. Mais pour notre bien, ne vous en faites pas...
Bande-annonce: