METAL HURLANT - L'histoire d'un magazine de légende
Les idoles ne déplacent pas les foules
Dans la salle de conférence 1 de la Comic Con' Paris, coincées entre deux salles de dédicaces, se déroulait une conférence revenant sur le passé d'une revue marquante de l'édition française: Métal Hurlant.
25 à 35 personnes à tout casser. Une surprise. Pas illogique, mais quand même. Métal Hurlant était une revue (trimestrielle puis mensuelle), qui fonctionnait comme un recueil de nouvelles, et ce de 1975 à 1987, avec une résurrection en 2002, pour enfin définitivement mourir en 2006. A l'origine de ce projet de fou, Jean-Pierre Dionnet (présent à la conférence). Oui, l'ancien animateur de « Cinéma de quartier » sur Canal+ et sa programmation qui alternait les films gores italiens avec les films de kung-fu. Dionnet vient de la marge, et y réside toujours.
Métal Hurlant révéla quantité d'auteurs passionnants, de Moebius à Enki Bilal en passant par Franck Margerin (lui aussi présent). Métal Hurlant, en plus de donner leur chance a de jeunes auteurs, a aussi grandement influencé la jeune génération. Cette influence, loin d'être franco-française, fut mondiale (preuve étant que, dès 1977, les américains rachètent les droits de Metal Hurlant pour faire leur propre revue, Heavy Metal).
Comme nous l'expliquent les intervenants (enfin, surtout Dionnet qui monopolise le temps de parole au point de se faire surnommer Fidel Castro par le 3e invité, Jean-Luc Fromental), Metal Hurlant a participé à la création d'un mouvement contre-culturel qui est devenu, au fil des années, LA culture. Metal Hurlant a balisé le terrain, n'a jamais gagné d'argent (si on s'en réfère aux intervenants), et a ouvert la porte.
D'après eux, la mort de Metal Hurlant (je pense qu'ils se réfèrent à la première mort de la revue, en 1985), a généré le big-bang de la bande-dessinée moderne. En gros, si la revue n'était pas morte, la contre-culture serait restée contre-culture, sous l'égide d'un titre devenu un hit.
Ecouter Dionnet & co parler des expériences du passé, c'est aussi comprendre le chaos dans lequel le travail se faisait. Dionnet passait son temps à noicir de notes et d'idées des feuilles pendant la nuit, quand il ne la passait pas chez Castel. Margerin déposait ses planches devant le bureau du même Dionnet qui, soit, dormait (d'après lui pour faire une « sieste espagnole »), soit recevait des mannequins pour leur faire subir d'obscurs castings, et Fromental passait son temps à se baisser à chaque coup de sang de Phillipe Manoeuvre (qui s'occupait de la partie rock du magazine), qui, pour évacuer le stress, envoyait des katanas sur un poster de la miss novembre de playboy.
Pas avare de petites histoires, Dionnet (qui a du rencontrer la moitié de la terre) nous raconte les allées et venues de Willy DeVille, qui retrouvait son dealer dans les locaux de Metal Hurlant, nous explique que Brad Pitt et Angelina Jolie provoquaient des secousses sismiques via leur caravane sur le tournage de « Mr and Mrs Smith », qu'un soir, invités par Dionnet, Schwarzenegger et John Milius manquèrent de se faire jeter d'un club, juste à cause de leur physique impressionnant...
Drôle, intéressante, bourrée d'anecdotes, la conférence Métal Hurlant n'a pas hélàs déplacé les foules. Tant mieux pour les passionnés ou les curieux venu l'écouter. Tant pis pour les autres.
Dominique Montay